Interrogé par les animateurs du podcast Hard Fork du New York Times, dans un entretien enregistré juste après Google I/O 2026, Sundar Pichai a livré deux indications intéressantes sur la stratégie de Google concernant le Search.
- La première concerne la manière dont Google compte gagner de l’argent quand la recherche bascule vers l’IA.
- La seconde, le rythme de cette bascule. Les deux valent le détour, et l’interview mérite d’être écoutée en entier.
Abonnements et publicité combinés : le futur modèle de Google
L’un des intervieweurs a confié qu’il n’avait pas fait une seule recherche Google classique depuis un an, avant de demander au PDG d’Alphabet si la disparition de ce type d’utilisateur l’inquiétait, le search advertising, soit la publicité affichée au sein des résultats de recherche, restant le poumon financier de l’entreprise.
La réponse de Pichai contient l’élément le plus neuf de tout l’échange : il se dit à l’aise avec un modèle reposant sur une combinaison d’abonnements et de publicité pour soutenir la recherche et les produits IA.
C’est, à notre connaissance, la première fois qu’un dirigeant de Google évoque explicitement ce mélange comme voie de monétisation du web sous IA.
Jusqu’ici, le modèle restait adossé à la seule publicité de recherche.
Pichai justifie ce glissement par une logique de valeur : selon lui, la valeur économique suit toujours la valeur totale apportée à l’utilisateur, et les fonctions agentiques, capables d’exécuter des tâches à la place de l’internaute et non plus seulement de renvoyer des liens, en apporteraient bien davantage qu’il y a dix ans. Il compare l’arrivée de l’IA à celle du tableur pour l’analyse financière. La question que la brève laisse ouverte, et que l’interview n’aborde pas frontalement, est celle de l’éditeur : un modèle abonnement plus publicité sécurise les revenus de Google, pas le trafic référent des sites cités.
Une bascule présentée comme un continuum
Sur le calendrier, Pichai écarte l’idée d’une rupture brutale. Questionné sur l’éventuelle disparition des dix liens bleus au profit d’un mode IA par défaut, cette interface conversationnelle qui synthétise une réponse au lieu d’afficher une liste de résultats, il décrit un « continuum », c’est-à-dire une transition progressive plutôt qu’un arrachage du pansement. Il affirme s’appuyer sur des métriques internes de long terme montrant une réception positive des utilisateurs, et assure que les sources et les liens resteront présents dans l’expérience.
Ce point appelle une lecture prudente, que l’interview permet justement de vérifier en écoutant les nuances de ton et les relances des journalistes. Conserver des liens cités ne dit rien de leur valeur en clics réels, et la visibilité dans une réponse synthétique n’équivaut pas au trafic référent. Pour le marché français, le débat reste par ailleurs largement théorique : ni le mode IA ni les AI Overviews, ces encadrés de synthèse affichés au-dessus des résultats, ne sont déployés officiellement en France, pour des raisons réglementaires liées aux droits voisins et à l’AI Act. Le continuum décrit par Pichai n’y a même pas commencé. Raison de plus pour aller écouter ce que le PDG d’Alphabet dit du modèle qui se prépare ailleurs.