Depuis deux ans, le discours dominant dans l’industrie du search repose sur une conviction : l’IA générative va cannibaliser Google.
Mais c’est plutôt la situation inverse qui est en train de se dessiner.
Google ne perd pas de trafic. Et les IA génératives apportent du trafic à Google !
Les données SimilarWeb compilées par Ethan Smith (Graphite.io) posent un fait qui devrait clore le débat avant qu’il ne commence : le trafic de Google n’a pas baissé pendant que celui des outils d’IA générative augmentait. Les deux ont progressé simultanément. L’IA n’a pas prélevé des parts sur Google — elle a généré une demande supplémentaire, sur des usages que le search classique ne couvrait pas.

La croissance du trafic et des usages pour les outils d’IA générative est spectaculaire. Mais le trafic des moteurs de recherche, d’après Similar Web n’a pas perdu de parts de voix !
Ce n’est pas un paradoxe. C’est la conséquence directe de ce que les gens font réellement sur ces plateformes, et les données d’OpenAI sur les usages de ChatGPT le montrent avec une précision rare.

Au niveau mondial, le trafic des moteurs de recherche, dopé pendant la période Covid, a très peu diminué et est supérieur à celui de 2019
Par ailleurs, l’usage de ChatGPT plafonne, alors que celui de Gemini augmente rapidement.

Ce que les gens font vraiment sur ChatGPT
OpenAI a publié une étude économique détaillant la répartition des usages réels de ChatGPT. Le résultat invalide le cadre « IA vs. moteur de recherche » : seulement 49 % des interactions relèvent d’une logique de recherche d’information (« Asking » — poser une question, demander un conseil, chercher une explication). Les 40 % restants correspondent à des tâches de production (« Doing » : rédiger, coder, reformuler, analyser, synthétiser). Les 11 % restants relèvent de l’expression personnelle.

Dans un contexte professionnel, c’est encore plus tranché : 42 % des usages au travail concernent la rédaction. L’IA générative est avant tout un outil de production de contenu et d’assistance à la décision, pas un moteur de recherche alternatif.
La conséquence est directe : quand un utilisateur demande à ChatGPT de transformer des notes en email, de corriger un rapport ou de générer du code, il ne remplace pas une requête Google. Il accomplit une tâche que Google ne permettait pas d’exécuter. Ce volume d’usage vient en addition, pas en substitution. C’est ce que les données SimilarWeb confirment au niveau du trafic : deux courbes qui montent en parallèle, pas une qui monte pendant que l’autre descend.
Le danger pour les éditeurs vient de Google plus que des IA génératives.
Si l’IA générative externe ne menace pas le trafic de Google, le vrai risque pour les éditeurs vient d’une direction opposée : de Google lui-même. Et les données Sistrix sur le marché allemand en offrent la démonstration la plus claire disponible à ce jour.
Les AI Overviews — les résumés générés par l’IA que Google affiche directement en haut de ses pages de résultats depuis mai 2024 — apparaissent sur 20 % des requêtes sur le marché allemand. Leur effet sur le trafic organique est brutal : en présence d’une AI Overview, le CTR (Click-Through Rate, taux de clic sur le premier résultat organique) s’effondre de 27 % à 11 %, soit une chute de 60 %. Sistrix estime à 265 millions par mois le nombre de clics organiques perdus sur ce seul marché.
Ce mécanisme est structurellement différent de la concurrence des outils d’IA externes. Quand un internaute utilise ChatGPT pour rédiger un texte, il n’était pas en train de chercher un article sur Google. En revanche, quand Google affiche un résumé IA en réponse à une requête informationnelle, il intercepte un clic qui aurait atterri sur un site éditeur. C’est la même requête, le même utilisateur, le même intent de recherche — mais Google conserve l’utilisateur dans son interface plutôt que de le rediriger vers la source.
Ce que cela change pour le SEO
La croissance simultanée de Google et de l’IA générative repose sur une coexistence de fait : chaque outil répond à des besoins différents, et les utilisateurs les cumulent plutôt qu’ils ne les arbitrent. Ce n’est pas une transition, c’est une expansion des usages numériques.
La menace réelle pour les producteurs de contenu n’est pas externe. Elle est interne au moteur de recherche lui-même. Les AI Overviews permettent à Google d’offrir une réponse directe à partir des contenus des éditeurs, sans générer de trafic vers ces mêmes éditeurs. Le volume de recherche augmente, la valeur redistribuée aux producteurs de contenu diminue.
Pour les professionnels du SEO, le changement de cadre est essentiel.
La question n’est plus « comment se positionner face à l’IA? » mais « comment maintenir un trafic qualifié dans un environnement où Google capte de plus en plus la valeur informationnelle avant le clic ? »
La réponse à cette question passe par une compréhension précise de quelles requêtes déclenchent des AI Overviews, sur quels marchés, et comment les contenus qui résistent à cette captation se distinguent de ceux qui y sont absorbés.
Bibliographie
- OpenAI, « Economic research: ChatGPT usage paper » (2025)
- Sistrix, « AI Search: How data shows that Google is winning » (2025)
- Ethan Smith / Graphite.io, « AI is much bigger than you think » (2025)
- Rand Fishkin / SparkToro, « ChatGPT Is ~3% of Desktop Web Search Activity » (2025)
- DataReportal / Simon Kemp, données SimilarWeb ChatGPT worldwide vs. US (2025)