Google a modifié les SERP françaises le 8 septembre : ce que voit désormais un internaute situé dans l’EEE

Le 8 septembre 2026, Google a lancé officiellement de nouvelles fonctionnalités spécifiques aux versions de Google déployées dans l’Espace Economique Européen. Ces nouveautés changent l’apparence des SERPs sur des requêtes qui font apparaitre des VSS (les vertical search engines), afin de garantir une conformité aux règles du DMA.

Rappelons que Google a été officiellement sanctionné le 23 juillet dernier pour des infractions au DMA, et qu’il s’agit pour eux de se conformer aux demandes précises de la Commission.

Google a publié quatre pages de documentation le même jour, qui décrivent ces fonctionnalités spécifiques aux SERPs sur certains marché, sans évoquer les raisons précises pour lesquelles Google les a créées.

Ce qui suit décrit ce que voit un internaute situé en France depuis le 8 septembre, pourquoi le périmètre est l’EEE et non le nom de domaine, et ce que le DMA peut encore changer dans les SERPs dans un avenir proche.

Ce que vous voyez désormais sur une requête « hôtel Bordeaux »

Deux blocs nouveaux apparaissent sur les requêtes commerciales couvertes.

L’aggregator unit (unité d’agrégation) est réservée aux VSS, pour Vertical Search Services, la catégorie qui regroupe selon Google les agences de voyage en ligne, les comparateurs, les métamoteurs et les annuaires. Le fournisseur le mieux classé y voit ses résultats dépliés par défaut, avec photos, prix ou notes selon les données disponibles. L’entrée se fait sur candidature, avec fourniture d’un flux ou d’une API et respect de standards de qualité définis par Google.

L’aggregator unit version hôtels

La supplier unit (unité de fournisseur) s’adresse aux fournisseurs directs : un hôtel indépendant, une compagnie aérienne, un commerçant, un artisan. Google précise qu’aucune donnée supplémentaire n’est nécessaire au-delà de ce que le crawl remonte.

Le supplier unit version « hotel »

Sauf que la documentation ajoute une phrase qui change tout : la supplier unit ne s’affiche que si l’aggregator unit s’affiche. La visibilité du canal direct est conditionnée à la présence des intermédiaires sur la même requête. Si aucun agrégateur approuvé ne se déclenche, l’hôtelier indépendant n’a pas de bloc dédié.

Côté fonctionnalités retirées pour les internautes de l’UE : plus de filtre par dates de séjour, plus de prix en temps réel, plus de tags descriptifs du type « budget » ou « boutique » directement dans les résultats. L’unité locations de vacances disparaît de la page de résultats, les flux continuant d’alimenter Maps et google.com/hotels.

Le périmètre exact : l’EEE, et surtout pas le nom de domaine

Google écrit que ces fonctionnalités sont disponibles « pour les utilisateurs des pays de l’EEE ». Le mot qui compte est utilisateurs.

Depuis le 27 octobre 2017, un billet signé Evelyn Kao, product manager, a établi que le service pays est déterminé par la localisation de l’internaute, pas par le domaine. Taper un ccTLD dans la barre d’adresse ne change plus rien, et Google a depuis engagé la redirection des domaines nationaux vers google.com. Autrement dit : google.fr n’existe plus comme périmètre technique, et un Français sur google.com voit exactement la même chose.

Les conséquences pratiques sont immédiates.

  • Un internaute situé en France, en Allemagne ou en Norvège voit les nouveaux blocs. La Norvège, l’Islande et le Liechtenstein sont dans l’EEE.
  • La Suisse et le Royaume-Uni n’y sont pas. Un internaute londonien conserve l’ancienne page de résultats, avec prix en temps réel et filtres par dates.
  • Un outil de suivi de positions qui interroge Google depuis une IP américaine ou britannique, même paramétré sur « France », ne verra pas ces unités. L’écart entre votre tableau de bord et l’écran de votre client va s’ouvrir sur toutes les requêtes commerciales concernées.

Une divergence reste à trancher. Reuters cite les restaurants parmi les catégories concernées, quand la documentation Google liste hôtels, vols, transport longue distance et produits, sans jamais mentionner la restauration. À vérifier sur le terrain avant d’affirmer quoi que ce soit à un client du secteur.

Le carrousel « écosystème » : de nouvelles opportunités à exploiter

A l’occasion de cette « mise en conformité » de la part de Google, une des fonctionnalités spécifiques à l’EEE a été étendues à de nouveaux marchés. Et si votre site appartient à l’un de ces nouveaux marchés, figurer dans ces carrousels devient un véritable enjeu, et constitue une opportunité intéressante.

L’ecosystem carousel est un carrousel de tuiles qui apparaît, dans l’EEE, sur les requêtes météo, sport, finance et traduction, sur desktop comme sur mobile. Un clic sur une tuile envoie directement l’internaute sur le site. C’est la réponse de Google au reproche formulé dès 2025 par les juristes du DMA : afficher un score sportif ou un cours de bourse directement dans la page constitue un service distinct de la recherche, qui relève de l’article 6(5) si les fournisseurs équivalents n’obtiennent pas une visibilité comparable.

L’ecosystem carrousel : version meteo

Les conditions d’éligibilité tiennent en trois points :

  • Servir des utilisateurs de l’EEE.
  • Publier de l’information financière, météo, sportive, ou fournir de la traduction.
  • Être « une source faisant autorité ou un fournisseur spécialisé », Google citant explicitement les grands médias et les services météo commerciaux.

Aucun balisage n’est requis. Aucun flux. Une simple manifestation d’intérêt via un formulaire hébergé sur le support Google Search.

Pour un éditeur français, cela signifie qu’un titre sportif, une rédaction économique ou un service météo commercial peut candidater dès aujourd’hui à une visibilité sur des requêtes qui, jusqu’ici, se terminaient dans un bloc Google sans lien sortant. Le classement à l’intérieur du carrousel reste déterminé par les algorithmes de Google, sur des principes que l’entreprise qualifie de non discriminatoires. Personne ne sait encore ce que cela donne en volume.

C’est le seul point de cette actualité qui soit actionnable dans l’heure, et c’est celui dont personne ne parle.

« La plus grande réduction de qualité en 29 ans »

Nick Fox, senior vice-president knowledge & information chez Google, déclare à Reuters que ces changements « dégradent l’expérience utilisateur pour les Européens ».

L’argumentaire n’est pas nouveau, Google l’a utilisé de manière récurrente.

Si cette question de la validité de l’argumentaire de Google et la bataille des chiffres vous intéresse, je vous invite à vous reporter à l’article que nous avons consacré à ce sujet :

La question qui fâche : l’applicabilité de l’article 6(5) aux AI Overviews

La règle qui a coûté 460 millions d’euros à Google est simple : afficher dans la page des données verticales enrichies, sans offrir aux fournisseurs tiers une visibilité équivalente, c’est du classement préférentiel.

Appliquez ce raisonnement à un AI Overview : l’aperçu IA synthétise des contenus tiers, occupe le haut de page, et renvoie vers des sources selon des critères que personne n’a publiés.
Où est la mise en concurrence équivalente ?

La Commission a pris acte, dans la décision du 23 juillet, des propositions de Google sur la manière dont il compte appliquer les principes de cette décision aux AI Overviews et à l’AI Mode. Une enquête antitrust distincte, ouverte le 9 décembre 2025, porte sur ces mêmes surfaces et sur l’usage des contenus pour l’entraînement.

Ce qui s’est joué le 8 septembre sur les requêtes hôtelières est donc un galop d’essai. La même mécanique juridique, appliquée aux surfaces génératives, ne toucherait plus quelques milliers d’hôteliers mais l’intégralité des éditeurs.

Reste la question que ni Google ni la Commission n’ont tranchée : si afficher un prix d’hôtel dans la page constitue un service distinct soumis à l’article 6(5), que devient un résumé génératif qui affiche la réponse entière ?


Bibliographie

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