La France atteint 65 % de recherches sans clic, sans AIO ou mode IA

Le monde du SEO a été très prompt ces derniers mois à accuser le mode IA et les aperçus IA comme explication de la baisse du trafic envoyé par Google ces derniers temps.
Les fonctionnalités IA n’améliorent pas les choses, c’est certains.
Mais les recherches zéro clics sont supérieures en nombre en France, où il n’y a pas d’AIO ou de mode IA, qu’en Allemagne, pays dans le quel ces fonctionnalités sont bien déployées.

C’est ce que révèlent les données de SimilarWeb.com compilées par Rand Fishkin.

Rand a publié sur SparkToro la ventilation par pays de son étude sur les recherches sans clic, à partir du panel de navigation de Similarweb.

Six marchés sont mesurés : Allemagne, Italie, Canada, France, États-Unis et Royaume-Uni.

Les données pour la France méritent qu’on s’y arrête, car elle contredit, chiffres à l’appui, le récit qui domine la presse marketing depuis dix-huit mois.

Les chiffres comparés sur six marchés

Une recherche zéro clic (zero-click search) désigne une requête qui se termine sans que l’internaute clique vers un site tiers : la réponse figure dans la page de résultats, ou l’utilisateur relance une recherche, ou il quitte sa session. Voici les trois métriques principales et les indicateurs annexes, pour les six pays, sur la période janvier à avril 2026.

MétriqueAllemagneItalieCanadaFranceUSUK
Clics 1X+37,9 %36,6 %36,2 %34,7 %32,0 %30,5 %
Recherches zéro clic62,1 %63,4 %63,8 %65,3 %68,0 %69,5 %
Relance une recherche22,5 %24,7 %25,6 %22,9 %29,0 %26,4 %
Fin de session39,5 %38,8 %38,2 %42,3 %39,0 %43,1 %
Clics vers sites Alphabet9,2 %8,6 %9,4 %7,6 %8,4 %7,3 %
Clics organique + payant75,7 %76,6 %74,0 %78,1 %72,3 %76,1 %
Clics web ouvert pour 1000287280268271231232

Cette comparaison présente un avantage que l’étude historique de SparkToro n’avait pas.

La courbe 2016-2026 empilait trois panels successifs (Jumpshot, Datos, puis Similarweb) que Fishkin lui-même qualifiait de comparaison entre des pommes et des oranges. Ici, un seul panel mesure les six pays sur une seule période, selon une seule méthode. Les écarts entre marchés sont donc comparables entre eux, ce qui rend la lecture nationale autrement plus solide.

65 % de zéro clic, et pas une seule réponse générée par intelligence artificielle

L’article de SparkToro n’en parle pas, mais selon moi, c’est l’enseignement le plus net qui résulte de ces données.
La France affiche 65,3 % de recherches sans clic alors que les AI Overviews (résumés rédigés par un modèle de langage et placés en tête des résultats) n’y sont pas déployés, du fait des contraintes liées aux droits voisins et au règlement européen sur l’intelligence artificielle. Les États-Unis, où ces résumés couvrent plus de 20 % des requêtes selon Ahrefs, plafonnent à 68 %. L’écart entre un marché saturé d’intelligence artificielle générative et un marché qui en est totalement privé n’est que de 2,7 points.

Le récit dominant veut que l’effondrement du clic soit le produit des AI Overviews.

La France, marché de contrôle involontaire, dément cette causalité dans sa version forte. Si l’intelligence artificielle générative était le moteur du phénomène, son absence devrait creuser un fossé bien supérieur à 2,7 points. Elle ne le fait pas. La conclusion s’impose : l’essentiel des recherches sans clic est produit par des dispositifs antérieurs à l’intelligence artificielle.

Le featured snippet (extrait mis en avant en position zéro), le knowledge panel (encart de connaissance affiché à droite ou en haut des résultats), les packs locaux, les réponses météo, les conversions d’unités et les définitions captent la réponse avant tout clic. La France le prouve sans le secours d’aucun modèle génératif.

Les AI Overviews, accélérateur et non moteur

Comment un dispositif présenté comme révolutionnaire ne pèse-t-il que quelques points dans la comparaison internationale ? L’explication tient à la nature des requêtes que les AI Overviews ciblent. Ces résumés se déclenchent en priorité sur des requêtes informationnelles, c’est à dire des questions auxquelles une réponse synthétique suffit. Or ces mêmes requêtes étaient déjà, pour la plupart, des recherches sans clic, traitées depuis des années par les featured snippets et les encarts de connaissance.

L’intelligence artificielle générative ne supprime donc pas un clic existant : elle remplace une réponse instantanée par une autre réponse instantanée, sur un terrain déjà déserté par le clic. Ahrefs mesure certes une chute du CTR (taux de clic, soit la part d’affichages débouchant sur une visite) de près de 60 % lorsqu’un AI Overview s’affiche. Mais ce recul se calcule sur des requêtes dont le potentiel de clic était déjà réduit. Le marché français permet d’isoler ce mécanisme : il chiffre ce que vaut la SERP sans intelligence artificielle, et ce niveau de référence est déjà très élevé.

Un signal complémentaire conforte cette lecture. Dans l’étude américaine, Fishkin établit que le mode conversationnel de Google, AI Mode, ne représentait que 0,34 % des recherches sur la même période. La fonctionnalité la plus avancée pèse donc encore moins que les AI Overviews. L’érosion du clic était engagée bien avant l’irruption des grands modèles de langage dans la recherche.

L’Open Web français est quand même mieux préservé (pour le moment)

Un contrepoint mérite d’être versé au dossier, en faveur du marché français cette fois.

Lorsque l’internaute français clique, il clique vers l’Open Web (vos sites) plus souvent qu’ailleurs. La France affiche la plus forte part de clics dirigés vers les résultats organiques et payants (78,1 %), la plus faible part vers les propriétés d’Alphabet hors Royaume-Uni (7,6 %), et envoie 271 clics vers le web ouvert pour 1000 recherches, contre 231 aux États-Unis. Soit environ 17 % de clics utiles de plus.

L’auto-préférencement (self-preferencing, pratique consistant pour Google à orienter les clics vers ses propres services) capte donc une part moindre du trafic en France. Fishkin avance prudemment l’hypothèse du DMA (Digital Markets Act, règlement européen encadrant les plateformes structurantes) et des sanctions anti auto-préférencement.

L’explication reste fragile. Si le DMA était le facteur déterminant, on attendrait un regroupement des pays de l’Union européenne autour de valeurs proches. Or l’écart entre l’Allemagne (62,1 % de zéro clic) et la France (65,3 %) atteint 3,2 points, et la France se révèle le marché continental le plus marqué par le zéro clic des trois grands pays européens mesurés. La régulation, la langue, la culture de recherche et la structure des résultats se mêlent sans qu’on puisse, en l’état, attribuer la part de chacune.

Ce que les éditeurs français peuvent en retenir

Trois enseignements pratiques se dégagent pour qui produit du contenu à destination du marché français.

D’abord, l’arrivée des AI Overviews en France, si elle survient, ne provoquera pas l’effondrement parfois annoncé. Le niveau de zéro clic est déjà installé à 65 %, sans intelligence artificielle. La marge de dégradation supplémentaire imputable aux résumés génératifs se compte en quelques points, non en dizaines.

Ensuite, la bataille du trafic organique se joue moins sur les requêtes informationnelles, captées de longue date par les dispositifs de réponse directe, que sur les requêtes à intention forte : recherches de marque, requêtes transactionnelles, intentions locales. C’est le constat que dresse également Cyrus Shepard dans son analyse des sites qui résistent encore.

Enfin, la conclusion c’est que la tendance de Google à envoyer une proportion de plus en plus faible de son trafic à d’autres site se confirme. Et l’IA n’est pas la principale explication du phénomène, les fonctionnalités ne font qu’accompagner cette tendance lourde.


Bibliographie

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