Publicité, Shopping, Android : Google essuie une série de revers judiciaires en Europe

Entre le 29 juin et le 2 juillet 2026, quatre décisions de justice ont sanctionné Google sur trois fronts distincts et dans trois pays.

À Paris, le groupe a été condamné à indemniser des médias et un éditeur pour ses pratiques publicitaires.

À Stockholm, un tribunal l’a condamné pour avoir favorisé Google Shopping dans ses résultats et forcé à indemniser un comparateur de pris concurrent.

À Luxembourg, la Cour de justice de l’Union européenne a définitivement validé l’amende Android de 4,125 milliards d’euros.

Un même reproche traverse ces dossiers pourtant indépendants : l’usage d’une position dominante pour avantager ses propres services au détriment de ses concurrents.

Paris : l’adtech coûte 126 millions aux médias

Le 29 juin 2026, le Tribunal des activités économiques de Paris a condamné Google à verser 126 millions d’euros de dommages et intérêts (indemnisation d’un préjudice accordée par un juge) à quatre groupes de médias, selon mind Media et franceinfo. En cause, l’adtech (ensemble des technologies d’achat et de vente automatisés d’espaces publicitaires en ligne) : le tribunal reproche à Google d’avoir favorisé sa propre plateforme de vente publicitaire lors de l’attribution des espaces, au détriment des solutions concurrentes. La répartition rapportée :

  • Prisma Media : 61 millions d’euros.
  • Dailymotion : 27,5 millions d’euros.
  • Le Figaro : 26 millions d’euros.
  • Les Echos-Le Parisien : 11,5 millions d’euros.

Les quatre groupes réclamaient initialement 570 millions d’euros. Google conteste ces décisions et n’avait pas encore arbitré sur un appel.

Deux jours plus tard, le même tribunal a accordé 868 224 euros à l’éditeur toulousain Gibmedia, plus 50 000 euros de frais, pour la suspension de ses comptes Google Ads en 2015.

Ces jugements prolongent une jurisprudence française déjà établie, après les indemnisations obtenues par M6 (près de 23 millions en mars 2026), L’Equipe et Rossel, et dans le sillage de la sanction de 220 millions d’euros prononcée par l’Autorité de la concurrence en 2021 pour le même motif.

Stockholm : un record sur le volet Shopping

Le 1er juillet, le Patent-och marknadsdomstolen (Patent and Market Court) de Stockholm, juridiction spécialisée de première instance, a condamné Google à indemniser PriceRunner, comparateur de prix détenu par Klarna depuis 2022.

Montant alloué : environ 14,3 milliards de couronnes suédoises, soit près de 1,5 milliard de dollars selon la dépêche Reuters. Intérêts compris, Klarna chiffre le total à 1,97 milliard de dollars. C’est, selon une responsable du tribunal citée par Reuters, la plus lourde condamnation jamais prononcée par une juridiction suédoise en matière de concurrence.

Le litige vise le self-preferencing (favoritisme par lequel une plateforme met en avant ses propres services au détriment de ses rivaux) : PriceRunner reproche à Google d’avoir rétrogradé les comparateurs concurrents au profit de Google Shopping.

Le site Pricerunner.com.

Klarna formule elle-même deux réserves : la décision est susceptible d’appel, et le montant réellement perçu sera réduit par les accords de partage avec les anciens actionnaires et le financeur du contentieux, puis par la fiscalité. Si vous avez des actions Klarna, vous êtes prévenus.

Mais si tous les comparateurs de prix poursuivent Google pour obtenir des dommages et intérêts (ce qui est rendu possible l’arrêt de la CJUE du 10 septembre 2024), l’addition va vite se révéler salée pour Google.

Luxembourg : l’amende Android définitivement scellée

Le 2 juillet, la CJUE a rejeté le pourvoi de Google et d’Alphabet (affaire C-738/22 P, communiqué n° 93/26). La décision est définitive, aucun recours n’est plus possible. La Cour confirme un abus de position dominante (exploitation par une entreprise de sa puissance de marché pour évincer ses concurrents) lié à Android : Google conditionnait la licence du Play Store à la préinstallation (installation par défaut avant la vente de l’appareil) de Google Search et du navigateur Chrome, et entravait le développement de versions alternatives du système. La chaîne des montants, après huit ans de procédure :

  • 4,342 milliards d’euros : amende initiale de la Commission européenne (2018).
  • 4,125 milliards d’euros : montant après recalcul par le Tribunal de l’Union européenne (2022).
  • 1 520 605 895 euros : part dont Alphabet reste solidairement responsable.

Pourquoi cette série compte

Aucune de ces décisions ne bouleverse à elle seule le modèle de Google : l’amende Android pèse moins de 3 % du bénéfice annuel d’Alphabet, et le groupe a adapté (partiellement) ses pratiques de longue date.

Leur portée est cumulative. En cinq jours, trois abus distincts, dans la distribution mobile, la comparaison de prix et l’adtech, ont été sanctionnés pour des motifs proches : un abus de osition dominante pour avantager les services maison de Google.

La confirmation par la CJUE du bien fondé de l’action publique européenne alimente désormais une vague de recours civils en dommages et intérêts, portés par les éditeurs et les comparateurs lésés.
Ce n’est que le début…


Pour approfondir

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